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La SNCF et la Fédération Française de la Randonnée Pédestre (FFRP) multiplient les initiatives et unissent leurs forces pour réconcilier mobilité durable et découverte des territoires. De la gare au sentier, un nouveau souffle pour les amoureux de la marche.
La gare, nouveau point de départ des aventures
Il fut un temps où la voiture régnait en maître sur le départ en randonnée. Coffre chargé de sacs à dos, parkings au pied des massifs bondés les week-ends ensoleillés… Aujourd’hui, un mouvement inverse se dessine. Les randonneurs redécouvrent le train comme compagnon de route idéal, et les grandes gares françaises se réinventent en véritables portes d’entrée vers la nature.
À la gare de Briançon, aux pieds des Hautes-Alpes, les quais accueillent chaque week-end de printemps des dizaines de marcheurs chargés, sacs au dos. Même scène à Millau, à Quimper ou à Chamonix-Mont-Blanc. La gare n’est plus une simple infrastructure de transit ; elle est devenue le premier maillon d’une aventure pédestre.
Ce basculement culturel n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’un travail de fond mené conjointement par la SNCF et la FFRP depuis plusieurs années, avec l’ambition commune de rendre la randonnée accessible à tous, sans voiture, depuis n’importe quelle ville de France.
Un partenariat né d’une évidence
L’accord-cadre signé entre la SNCF et la Fédération Française de la Randonnée Pédestre s’inscrit dans une logique de complémentarité naturelle. D’un côté, un réseau ferroviaire qui irrigue le territoire national depuis plus de 180 ans, desservant des villes, des bourgs et des vallées souvent ignorés par les autoroutes. De l’autre, un réseau de sentiers balisés de plus de 115 000 kilomètres — GR, GRP et PR — qui quadrillent forêts, montagnes, littoraux et campagnes.
« Nous partageons la même vision », déclarait lors de la signature un responsable de la FFRP. « Celle d’une France que l’on peut explorer lentement, en prenant le temps de regarder, d’écouter et de respirer. Le train et le sentier balisé sont deux façons de voyager autrement. »
Concrètement, ce partenariat se traduit par plusieurs engagements réciproques : intégration des points de départ des sentiers GR dans les applications SNCF, création d’offres tarifaires spéciales pour les détenteurs de la carte adhérent FFRP, et développement conjoint de « fiches randonnée » accessibles directement depuis l’application SNCF Connect.
Le saviez-vous ?
115 000 km de sentiers balisés en France (GR, GRP, PR) — l’un des plus grands réseaux au monde. Plus de 30 millions de Français pratiquent la randonnée pédestre chaque année. La SNCF dessert plus de 3 000 gares, dont beaucoup aux portes de massifs naturels remarquables. Le billet « Rando+Train » permet de transporter son matériel (vélo pliant, sac encombrant) sans supplément dans certains TER.

Sur les rails du GR® 10 : une journée de bout en bout
Pour comprendre ce que ce partenariat change concrètement, imaginons une journée type. Il est 7h12 à Paris-Montparnasse. Marie, 34 ans, institutrice parisienne et randonneuse du dimanche, monte dans le TGV en direction de Bayonne. Dans son sac : trois jours de provisions, des chaussures de trail et le topo-guide GR® 10 de la FFRP. Son objectif : une section du célèbre sentier de grande randonnée qui traverse les Pyrénées d’Hendaye à Banyuls-sur-Mer.
À 10h47, elle descend du train en gare de Saint-Jean-Pied-de-Port, point de départ mythique du Camino francés mais aussi étape incontournable du GR® 10. Sur le quai, une signalétique spéciale — résultat du partenariat SNCF/FFRP — l’oriente directement vers le premier balisage rouge et blanc. Pas besoin de sortir son téléphone ni de chercher un office de tourisme : le chemin commence à vingt mètres de la sortie de gare.
« C’est exactement ce qu’on voulait créer », explique un chef de projet SNCF impliqué dans le dispositif. « Une continuité sans couture entre le voyage en train et la randonnée. L’idée, c’est que le randonneur ne doit jamais se sentir perdu entre son billet et son premier pas sur le sentier. »

Des gares qui s’adaptent aux marcheurs
Au-delà de la signalétique, certaines gares pilotes ont engagé une véritable mutation pour accueillir les randonneurs. La gare de Moûtiers-Salins-Bourg-Saint-Maurice, en Savoie, a ainsi inauguré un « espace randonneurs » équipé de casiers sécurisés pour les affaires volumineuses, d’un point d’eau potable, d’une borne de gonflage pour les matelas d’appoint et d’une tablette connectée permettant de consulter les conditions météo et l’état des sentiers en temps réel.
La gare de Millau, dans l’Aveyron, propose quant à elle une consigne spéciale pour les chaussures boueuses et une zone de séchage pour les équipements trempés — une attention particulièrement appréciée sur les sentiers du causse après les pluies d’automne. Dans les deux cas, ces aménagements ont été conçus avec les bénévoles locaux de la FFRP, qui connaissent précisément les besoins des marcheurs.
La restauration n’est pas en reste. Plusieurs buffets de gare ont développé des partenariats avec des épiceries fines locales pour proposer des sandwiches et des barres énergétiques adaptés aux besoins caloriques d’une longue marche. Loin des viennoiseries industrielles, ces corners « Énergie du marcheur » affichent des produits régionaux sourcés à moins de 150 kilomètres.
La carte du réseau : 50 itinéraires « Train & Sentier »
Le clou du partenariat est sans doute la publication d’une carte nationale des 50 itinéraires « Train & Sentier », disponible en version papier dans toutes les grandes gares et en version numérique sur l’application SNCF Connect. Chaque itinéraire est conçu pour être réalisé sans voiture : le point de départ et le point d’arrivée sont tous deux desservis par le train, ce qui résout l’éternel problème de la boucle impossible ou du retour au véhicule.
Parmi les 50 parcours sélectionnés, on trouve des classiques revisités — la traversée du Vercors en TER depuis Grenoble, le tour du Cotentin au départ de Cherbourg, la découverte de la forêt de Fontainebleau en Transilien depuis Paris-Lyon — mais aussi des pépites moins connues, comme le sentier des carriers en Normandie ou la traversée des lacs vosgiens depuis la gare de Gérardmer.
Chaque fiche détaille : la durée et le dénivelé, les horaires de train conseillés, les hébergements labellisés « Rando Accueil » de la FFRP sur le parcours, les refuges et bivouacs autorisés, ainsi qu’un QR code renvoyant vers le tracé GPX téléchargeable. Une approche tout-en-un pensée pour les marcheurs qui planifient leurs escapades depuis leur canapé.
5 sources pour découvrir Train & Rando
FFRP : « Une gare TER, une rando » (Auvergne-Rhône-Alpes) 👉 https://www.ffrandonnee.fr/s-informer/actualites/une-gare-un-train-une-rando-en-region-auvergne-rhone-alpes
Le partenariat officiel FFRP × TER avec des itinéraires balisés par des experts, départ directement en gare, et -40 % sur les billets les samedis et vacances scolaires.
SNCF Connect : Les plus belles randos de France 👉 https://www.sncf-connect.com/article/les-meilleures-randonnees-de-france-96370
Des idées variées : la forêt de Fontainebleau depuis Paris, la traversée du Vercors, les Calanques depuis Marseille, ou le chemin de Stevenson au Puy-en-Velay — tous accessibles en train.
Prêt pour l’aventure : 13 randonnées itinérantes en train 👉 https://www.pretpourlaventure.com/13-randonnees-accessibles-en-train
Un guide complet avec gare de départ et gare d’arrivée pour chaque itinéraire : Vosges, Jura, Vercors, GR 70 Stevenson dans les Cévennes… avec traces GPS et topos.
Voyager en train : 12 randos dans les Alpes 👉 https://www.voyagerentrain.fr/randonnees-alpes/ Tour du Mont-Blanc depuis Les Houches, tour du lac du Bourget depuis Aix-les-Bains, tour du Queyras depuis Montdauphin-Guillestre… toutes réalisables sans voiture, avec infos train détaillées.
Les Terres du Milieu : 5 GR dans le Massif central en train 👉 https://www.lesterresdumilieu.fr/5-itinerances-gr-train-massif-central
GR 470 le long des gorges de l’Allier, GR 65 (Compostelle), tour des Monts du Cantal, chemin Régordane… des itinéraires pensés en lien avec la ligne du Cévenol et les petites gares du Massif central.
Un enjeu écologique autant que touristique
Ce rapprochement entre la SNCF et la FFRP dépasse largement la simple logique commerciale. Il s’inscrit dans un contexte de prise de conscience collective sur l’empreinte carbone des loisirs de plein air. Car si la randonnée pédestre est l’une des activités les moins polluantes qui soit une fois sur le sentier, les trajets en voiture pour y accéder représentent souvent la majorité du bilan carbone d’un week-end nature.
« On ne peut pas d’un côté prôner la reconnexion avec la nature et de l’autre arriver au départ de la rando en SUV », résume avec humour un bénévole baliseur de la FFRP rencontré sur le GR® 34, le célèbre sentier des douaniers breton. « Le train, c’est cohérent. Et franchement, ça fait partie du voyage. »
Une étude interne commandée par la FFRP révèle que 78 % des randonneurs français utilisent leur voiture personnelle pour se rendre sur leur point de départ, parcourant en moyenne 87 kilomètres aller. Le potentiel de report modal vers le train est donc considérable, et les bénéfices environnementaux, eux, sont immédiats : un TGV émet en moyenne 3,5 grammes de CO₂ par voyageur-kilomètre, contre 130 grammes pour une voiture solo.
Et demain ? Des perspectives enthousiasmantes
Les deux partenaires ne comptent pas s’arrêter là. Un projet pilote est en cours de déploiement dans quatre régions pour intégrer les données météo-sentier en temps réel directement dans l’assistant vocal de SNCF Connect. À terme, un randonneur pourrait demander à l’application : « Quel sentier puis-je faire ce week-end depuis Bordeaux, avec un retour avant 20h ? » et recevoir une proposition complète incluant billet, itinéraire balisé et hébergement.
La FFRP travaille également à l’extension du dispositif aux randonneurs cyclistes, en partenariat cette fois avec la Fédération Française de Cyclotourisme, pour que les véloroutes puissent bénéficier du même traitement que les sentiers pédestres. Le train multimodal, passerelle entre tous les usages du plein air, semble avoir de beaux jours devant lui.
Attention au départ… prêt pour la rando
- La traversée de Paris : Randonner au fil des rues, des monuments
- Randonnée insolite en Val de Loire : Entre rivières, vins et châteaux
- Tour de la Bessanèse pédestre :
- Randonnée verticale dans les calanques de Marseille : Départ pour l’aventure
- Randonnée sauvage en raquettes dans le Jura : Partez de Paris en train…
Train & rando, ca vous tente ?
Points clés
- La SNCF et la FFRP unissent leurs efforts pour promouvoir le train randonnée et faciliter l’accès à la nature.
- Le partenariat permet d’intégrer les points de départ des sentiers dans les applications SNCF et de créer des offres spéciales pour les randonneurs.
- Des aménagements dans les gares améliorent l’accueil des marcheurs, avec des services adaptés à leurs besoins.
- Une carte nationale propose 50 itinéraires « Train & Sentier » reliant les gares et les sentiers balisés sans voiture.
- Les deux organismes visent à réduire l’empreinte carbone des loisirs en favorisant l’usage du train plutôt que la voiture pour accéder aux randonnées.


