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Avec 30 millions de pratiquants en 2025, soit 62% de la population, la randonnée pédestre connaît un essor sans précédent en France. Cette progression spectaculaire (+3 millions depuis 2021) témoigne d’une véritable mutation sociétale, où la quête de nature, de bien-être et d’authenticité redéfinit nos modes de vie. Autrefois, pratique associée aux seniors, la randonnée attire désormais massivement les jeunes générations, bouleversant les codes de l’Outdoor. Comment la randonnée est devenue le sport préféré des français ?
1. La randonnée, championne incontestée du sport français
La randonnée s’impose comme le sport le plus pratiqué en France, devançant largement toutes les autres activités physiques. Avec 62% de pratiquants, elle distance la natation (36%), le vélo/VTT (35%) et le running/jogging (30%). Cette domination s’inscrit dans une tendance de fond : l’univers de la marche et de la course est l’activité qui a le plus progressé depuis 2018, passant de 25% à 32% de pratiquants réguliers en 2025.
Une reconnaissance institutionnelle
Cette position de leader se retrouve dans toutes les études nationales. Le CREDOC, l’INJEP et l’Union Sport & Cycle confirment unanimement que la randonnée occupe la première place du classement des activités sportives pratiquées par les Français. Un phénomène qui traduit une aspiration profonde à renouer avec la nature et à privilégier une activité accessible à tous, sans contrainte d’équipement coûteux ni d’infrastructure spécialisée.
2. Le grand rajeunissement : quand les millennials partent à l’assaut des sentiers
Une progression spectaculaire chez les 18-49 ans
La donnée la plus marquante de l’étude 2025 est sans conteste la progression de la pratique chez les jeunes adultes : +10 points chez les 18-24 ans (passant de 40% à 48%) et chez les 25-34 ans (de 50% à 60%). Les 35-49 ans ne sont pas en reste avec +9 points, atteignant 65% de pratiquants.
Ce rajeunissement spectaculaire brise l’image d’Épinal d’une activité réservée aux retraités. Dans les années 1980, l’âge moyen du randonneur typique avoisinait les 58 ans. Aujourd’hui, 38% des pratiquants ont entre 40 et 60 ans, tandis que les moins de 30 ans représentent 18% des effectifs, un chiffre en constante augmentation.

L’itinérance, nouvelle passion des jeunes
La randonnée en itinérance (sur plusieurs jours) connaît un engouement particulier auprès de la jeunesse. Plus de la moitié des 18-24 ans (52%) ont déjà expérimenté cette forme immersive, contre seulement 12% des plus de 65 ans. Au total, 27% des pratiquants de randonnée pédestre, soit 9% des Français (environ 9 millions de personnes), se sont lancés dans l’aventure de l’itinérance.
Cette tendance reflète une aspiration profonde à vivre des expériences authentiques, à se déconnecter du quotidien numérique tout en cherchant paradoxalement à le documenter via les réseaux sociaux. Les GR®, ces sentiers mythiques balisés en blanc et rouge, bénéficient directement de cet engouement.
3. Randonnée pédestre vs marche loisir : deux pratiques distinctes
L’étude 2025 révèle une distinction importante entre deux types de pratiquants. Sur les 62% de Français qui déclarent pratiquer, 35% font de la randonnée pédestre (en comptant ceux qui combinent randonnée et balade), en progression de 8 points par rapport à 2021. La répartition détaillée montre que :
- 29% pratiquent uniquement la marche loisir (balade)
- 28% combinent les deux pratiques
- 9% se consacrent exclusivement à la randonnée pédestre
Des profils sociodémographiques contrastés
La randonnée pédestre attire davantage d’hommes (54%) que de femmes (46%), avec un public plus jeune : 57% des pratiquants ont moins de 50 ans. À l’inverse, la marche loisir est plus féminine (55% de femmes) et attire un public mature, avec 57% de pratiquants de plus de 50 ans. Cette distinction reflète des approches différentes : la randonnée pédestre est souvent perçue comme plus sportive et exigeante, tandis que la balade privilégie le bien-être et la contemplation.

4. L’évolution des pratiques : moins d’assidus, plus d’occasionnels
L’analyse de la fréquence de pratique révèle une mutation profonde des habitudes. Entre 2021 et 2025, les pratiquants assidus (au moins une fois par semaine) sont passés de 46% à 27%, tandis que les occasionnels (quelques fois par an) ont bondi de 18% à 32%. Les pratiquants réguliers (2-3 fois par mois) restent stables autour de 40%.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs :
- L’arrivée massive de nouveaux pratiquants, souvent des jeunes actifs avec des emplois du temps chargés, qui randonnent de manière plus ponctuelle mais régulière
- La diversification des motivations, avec une pratique liée aux vacances et aux weekends prolongés plutôt qu’à un rituel hebdomadaire
- L’influence du climat, qui encourage les réservations de dernière minute en fonction des conditions météorologiques
Contrairement à un simple effet de mode, la randonnée reste ancrée dans les habitudes de vie des Français, avec des données de fréquentation des sentiers qui confirment cette tendance de fond. Les 1 580 éco-compteurs installés sur les sentiers français révèlent une augmentation générale de +14% en 2021 et +4% en 2022 par rapport à 2019.
5. La révolution numérique des sentiers
L’explosion des applications de randonnée
Le changement le plus spectaculaire concerne l’adoption massive des outils numériques. 47% des randonneurs utilisent désormais une application dédiée, contre 33% en 2021, soit une progression de 14 points en quatre ans. Cette digitalisation est portée par les jeunes générations : 69% des 18-24 ans, 56% des 25-34 ans et 54% des 35-49 ans sont équipés d’applications de randonnée.
Un accompagnement à chaque étape
Avant la randonnée : les applications servent principalement à rechercher un itinéraire (62% des utilisateurs), consulter la météo (53%) et créer son propre parcours (46%). De plus, la préparation devient ainsi plus autonome et personnalisée.
Pendant la sortie : 64% utilisent le guidage GPS et 35% suivent leur progression en temps réel (distance, dénivelé, vitesse). La sécurité et l’orientation sont considérablement améliorées, facilitant l’accès aux sentiers pour les néophytes.
Après l’effort : 62% enregistrent leur randonnée pour conserver une trace de leur performance, 30% analysent leurs statistiques et 26% partagent leur parcours sur les réseaux sociaux. Ainsi, la randonnée devient une expérience à la fois sportive et sociale, documentée et partagée.
6. Les GR®, des sentiers iconiques en pleine ascension
La notoriété des GR® (sentiers de Grande Randonnée) atteint 72% en 2025, contre 69% en 2021. Cette progression est particulièrement marquée chez les jeunes : les 18-24 ans affichent une notoriété de 62% (+16 points) et les 25-34 ans de 66% (+9 points). Chez les pratiquants de randonnée confirmés, la notoriété culmine à 91%.
Le palmarès des sentiers mythiques
Le GR®20 en Corse reste le sentier le plus connu avec 65% de notoriété, consolidant son statut de référence de la randonnée en haute montagne. Suivent ensuite :
- Le GR®10 (Pyrénées) : 31%
- Le GR®34 (sentier des douaniers bretons) : 30%
- Le GR®5 (Vosges, Jura, Alpes) : 28%
- Le GR®70 (chemin de Stevenson) : 23%
- Le GR®65 (chemin de Saint-Jacques) : 23%
La France dispose d’un patrimoine exceptionnel avec plus de 100 000 km de sentiers de Grande Randonnée et 85 000 km d’itinéraires de promenade et randonnée. Ce réseau, entretenu principalement par des bénévoles de la FFRandonnée, constitue un atout majeur pour le tourisme français.
Les topoguides, compagnons indispensables
Les topoguides, ces guides pratiques édités par la FFRandonnée, gagnent également en popularité. Leur notoriété atteint 49% auprès du grand public (+12 points par rapport à 2021) et grimpe à 69% chez les randonneurs confirmés. Ces ouvrages allient informations pratiques, cartographie détaillée et descriptions patrimoniales, offrant une alternative complémentaire aux applications numériques.
Conclusion : la randonnée, symbole d’une société en quête de sens
L’essor de la randonnée en France dépasse largement le cadre d’une simple tendance sportive. Il traduit une aspiration profonde à renouer avec la nature, à ralentir le rythme, à vivre des expériences authentiques et partagées. Dans une société hyper-connectée et urbaine, la randonnée offre un espace de liberté, de ressourcement et de reconnexion à l’essentiel.
Outre le rajeunissement spectaculaire de la pratique, l’adoption massive des outils numériques et l’engouement pour l’itinérance dessinent les contours d’un nouveau modèle de randonnée : plus accessible, plus documentée, plus partagée, mais aussi plus exigeante en termes de responsabilité environnementale et de gestion durable des espaces naturels.
Avec 30 millions de pratiquants et une progression continue, la randonnée s’affirme comme un pilier du sport et du tourisme français. Son développement durable, conjuguant préservation des milieux, retombées économiques pour les territoires et bien-être des pratiquants, constituera l’un des grands.
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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cet article s’appuie sur plusieurs sources complémentaires :
- Étude « La randonnée et les Français » 2025 – Union Sport & Cycle pour la FFRandonnée (enquête réalisée en mai 2025 auprès de 2 000 Français représentatifs)
- Baromètre national des pratiques sportives 2025 – CREDOC
- Données de fréquentation des sentiers – Eco-Compteur (1 580 compteurs installés)
- Étude Atout France 2019 sur le tourisme de randonnée pédestre
- Données économiques du tourisme français – Ministère de l’Économie, Insee, Atout France
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Points clés :
- La randonnée en France attire de plus en plus de pratiquants, atteignant 30 millions en 2025, soit 62% de la population.
- Les jeunes générations, notamment les millennials, montrent un intérêt croissant pour la randonnée, avec une progression marquée dans leur pratique.
- Les outils numériques jouent un rôle clé, 47% des randonneurs utilisant des applications pour préparer et partager leurs sorties.
- Les sentiers de Grande Randonnée (GR®) gagnent en notoriété, atteignant 72% en 2025, surtout parmi les jeunes.
- La randonnée s’intègre dans une quête de sens et de connexion à la nature, tout en posant des défis en matière de durabilité.


