En montagne, même en plein été, les névés surprises sont possibles ! Sur des itinéraires classiques comme le Tour du Mont-Blanc, vous croiserez des zones enneigées à l’approche de certains cols : la traversée du col du Bonhomme jusqu’au col de la Croix du Bonhomme, ou encore le col de la Seigne. Même chose si vous visez un sommet habituellement dégagé comme le Pic de Néouvielle ou la Grande Sassière. Au petit matin, la neige est souvent dure, gelée par le froid nocturne. Sans équipement adapté, la progression devient vite délicate. C’est là que les crampons deviennent vos meilleurs alliés à condition de savoir les utiliser correctement !
Pourquoi apprendre le cramponnage ?
Même pour ceux qui débutent, la marche avec des crampons est essentielle pour naviguer en terrain glacé.
Marcher avec des crampons ne s’improvise pas. Une mauvaise technique peut provoquer une chute et, au final, s’avérer contre‑productive. Apprendre les bons gestes permet :
- d’évoluer en sécurité,
- de progresser plus facilement et rapidement sur neige dure,
- de franchir un obstacle temporaire
Ou s’entrainer ?
Pour un apprentissage efficace, on privilégie souvent un glacier sans neige de surface : la Mer de Glace, le Glacier du Tour… Ce terrain glaciaire reproduit parfaitement les conditions matinales en montagne : neige dure, gelée, parfois glacée. L’entraînement peut aussi se faire sur un névé stable.
En vous exerçant ainsi, vous serez prêt à :
- Franchir des cols encore enneigés en été, à la montée comme à la descente
- Traverser des névés présents sur des portions de sentier
- Suivre des parcours glaciaires faciles
Les 2 techniques de base
1. Le cramponnage en 10 pointes (technique du randonneur)
Utilisé sur pentes peu inclinées, en neige dure ou glace peu raide. Les dix pointes sous les crampons s’ancrent dans la surface, sans utiliser les pointes avant. C’est la technique la plus courante pour le franchissement
2. Le cramponnage frontal pour les alpinistes
Quand l’utiliser ? Sur pentes raides en neige ou en glace, au-delà de 40-45°.
Comment ? On engage les pointes avant, ce qui demande plus de force et une bonne position du corps. Cette technique sera abordée dans un prochain article.
La technique de base : les premiers conseils
Voici les points essentiels pour bien débuter avec vos crampons :
- Toutes les pointes en contact avec la glace — Chaque pointe doit mordre dans la surface pour assurer votre stabilité.
- Positionnement des pieds en pente — En pente moyennement raide, le pied aval (côté vallée) est toujours dirigé vers le bas, le pied amont (côté montagne) dans le sens de la marche. Cela nécessite une bonne flexibilité du genou.
- Croisement des pieds — Lorsque vous croisez vos pieds pour vous déplacer, effectuez un mouvement large pour éviter d’accrocher vos crampons.
- Attention aux accrochages ! — Les pointes peuvent s’accrocher à vos guêtres, votre pantalon ou votre mollet. Restez vigilant.
- Regardez loin devant — Anticipez votre placement plutôt que de fixer vos pieds.
- À la descente : pieds à « 10h10 » — Toutes les pointes en contact avec la neige ou la glace, pieds légèrement écartés en canard.
- Pratiquez avant de partir — Ne découvrez pas vos crampons pour la première fois au milieu d’une randonnée engagée
Bon à savoir différence Aval et Amont : L’aval désigne le côté tourné vers la vallée, l’amont le côté tourné vers la montagne. Ainsi, le pied aval est celui situé du côté de la vallée, le pied amont celui du côté de la montagne. Et de manière mémo technique, aval = vallée et amont = montagne.
Evaluez les risques et progressez en sécurité
Lorsque vous traversez une zone enneigée, prenez le temps d’évaluer les risques réels en cas de chute. Posez-vous quelques questions essentielles :
- Si je glisse, où vais-je finir ma course ?
- La pente est-elle longue et raide ?
- Y a-t-il des barres rocheuses ou des pierriers en contrebas ?
Conseils pour traverser, remonter ou descendre un névé
- Portez toujours un pantalon long et couvrez vos bras
- Utilisez des gants légers, même en été — En cas de chute, ils protègent votre peau des brûlures provoquées par le frottement sur la neige dure.
- Méfiez-vous des pièges invisibles — La neige peut masquer un trou ou une cavité, notamment si un torrent coule en dessous. Un pont de neige fragile peut s’effondrer sous votre poids.
- Attention aux zones rocheuses — La chaleur dégagée par les rochers peut faire fondre la neige localement, créant des affaissements invisibles.
Conseils pour la progression en groupe
- Le membre le plus expérimenté reconnaît le névé en premier pour évaluer les risques et donner les consignes au groupe.
- Ne marchez pas les uns derrière les autres — En montée ou en descente, une chute peut entraîner plusieurs personnes.
- Une corde peut être utilisée comme outil de sécurité pour faire passer le groupe dans de bonnes conditions.
- N’hésitez jamais à faire demi-tour si les conditions vous semblent trop risquées.

Avant de partir : s’informer sur les conditions
N’hésitez pas à vous renseigner sur les conditions d’enneigement de votre itinéraire avant votre départ. Pendant votre randonnée, échangez avec les personnes que vous croisez : elles peuvent vous fournir des informations utiles et actualisées sur l’état des névés ou des passages enneigés.
Attention ! L’appréciation des conditions peut varier fortement selon l’expérience de chacun. Ce qui semble « praticable » pour un randonneur expérimenté peut s’avérer risqué pour un marcheur moins aguerri.
Posez des questions précises :
- Quelle est la qualité de la neige ? (dure, molle, gelée…)
- Y a-t-il une trace ?
- La pente est-elle exposée ?
- En cas de chute, y a-t-il des zones de danger en contrebas ?
Ces éléments vous aideront à prendre une décision éclairée avant de vous engager.
Exemple concret : l’influence de l’exposition
Imaginez que vous remontez une pente de neige exposée au sud, puis redescendez par un versant nord. En fonction de l’exposition et de l’heure de la journée, la qualité de la neige peut être très différente :
- En versant sud — La neige sera souvent molle ou transformée dès la fin de matinée, voire dès le matin en période de chaleur.
- En versant nord — La neige peut rester dure, voire gelée, même en milieu de journée.
Cela a une conséquence directe sur le choix de l’équipement, notamment sur la question : crampons ou piolet ?
Mon conseil personnel : Je préfère toujours avoir une paire de crampons dans le sac : ils sont compacts, légers (surtout les modèles en aluminium), et peuvent s’avérer indispensables dans certaines situations.
Le piolet, en revanche, est moins utile pour de la randonnée classique. Toutefois, un seul piolet dans le groupe peut être un choix judicieux : il permettra, par exemple, de tailler quelques marches dans une neige dure ou gelée grâce à la panne du piolet, facilitant ainsi le passage du groupe.
⚠️ Attention – La randonnée glaciaire, un cas particulier
En randonnée glaciaire, la technique de cramponnage reste globalement la même que sur neige dure, mais les dangers sont bien plus importants.
Le risque principal est celui de la chute dans une crevasse, souvent dissimulée sous une fine couche de neige.
Cela implique d’adopter des techniques issues de l’alpinisme, même pour des itinéraires relativement accessibles. Parmi les précautions essentielles :
- Évoluer encordé, avec un encordement adapté à la configuration du glacier
- Maîtriser les techniques de progression en corde tendue
- Savoir comment réagir et intervenir en cas de chute dans une crevasse (mouflage, ancrage, appel aux secours…)
- Être équipé d’un baudrier, d’un kit de sauvetage en crevasse (broches à glace, poulies, mousquetons), et bien sûr d’un piolet
Tomber dans une crevasse peut avoir des conséquences graves. C’est pourquoi la randonnée glaciaire, même si elle est parfois abordée comme une « simple marche », doit être considérée comme une activité d’alpinisme, nécessitant compétence, vigilance et matériel adapté.
À retenir
Le cramponnage est une compétence essentielle dès que l’on s’aventure en montagne ou sur glacier. Un petit entraînement encadré par un guide vous permettra de gagner en confiance… et d’éviter les mauvaises surprises sur la neige dure du matin !
Ce premier apprentissage de la marche avec des crampons peut être l’occasion idéale de s’évader vers les glaciers et de vivre une première expérience de la haute montagne.









