Il fut un temps où l’on pouvait s’élancer pour une traversée spectaculaire depuis la gare du Montenvers jusqu’au torrent du Chapeau, en passant par le glacier de la Mer de Glace. Une boucle très populaire, à la fois sauvage et élégante, qui faisait battre le cœur des touristes en quête de sensations et de panoramas grandioses. C’était l’époque où le tourisme montagnard prenait son envol. Cette randonnée mythique surnommée « la traversée des chaussettes » a disparu avec la fonte de la Mer de Glace… Retour dans les années 1900
La randonnée à la mode
En 1909, après trois ans de travaux, le premier train à crémaillère transporte en moins d’une heure ses premiers passagers jusqu’à la gare du Montenvers, perchée à 1913 mètres d’altitude. Chamonix vivait déjà ses heures de gloire. Les pionniers de l’alpinisme avaient conquis les sommets emblématiques du massif : le mont Blanc en 1786, l’aiguille Verte en 1865, les Droites en 1876. Mais cette ligne ferroviaire allait révolutionner l’accès à la haute montagne, en ouvrant ses portes à un public beaucoup plus large.

Avant la création du train du Montenvers, les randonnées organisées par les muletiers pour rejoindre ce belvédère étaient courantes. Mais ces itinéraires vont peu à peu disparaître, remplacés par de nouvelles propositions, plus spectaculaires, dont l’une des plus originales consistait à relier Chamonix au Chalet du Chapeau via le Montenvers et la Mer de Glace.
Ce parcours offrait une immersion complète dans l’univers glaciaire, sans grande difficulté technique pour l’époque (du moins pour les standards des touristes en chapeaux hauts-de-forme !). Accompagnés d’un guide, les randonneurs descendaient sur la langue terminale du glacier du Géant – alors appelée la Mer de Glace –, qu’ils traversaient les chaussures recouvertes de chaussettes en laine, achetées à Chamonix ou directement à la gare d’arrivée du train. Une technique ingénieuse pour mieux adhérer à la glace !
Ils rejoignaient ensuite la rive droite du glacier, gravissaient la moraine et empruntaient le Mauvais Pas, un passage spectaculaire aménagé par les guides pour faciliter la progression. Le sentier en balcon menait jusqu’au Chalet du Chapeau, dominant la vallée de Chamonix dans un décor de séracs, de moraines et de crevasses.
Le torrent des Chaussettes : un nom chargé d’histoire
Un détail charmant vient ponctuer ce parcours : les chaussettes utilisées sur le glacier étaient souvent laissées, sur la moraine rive droite, près d’un petit ruisseau. Ce dernier a hérité d’un nom aussi insolite qu’authentique : le torrent des Chaussettes.
Aujourd’hui, cette appellation est bien présente sur les cartes IGN au 1/25 000e, preuve que ce bout d’histoire a su laisser sa trace dans la toponymie alpine.
Arrivés au Chapeau, les touristes pouvaient profiter des services des muletiers pour redescendre tranquillement jusqu’à Chamonix. La boucle était complète : du train à la glace, de la randonnée à la promenade, le tout dans un décor grandiose, aujourd’hui méconnaissable.
Mais aujourd’hui… tout a fondu
Ce chemin si prisé n’est plus. Le glacier a reculé de plus de 2 kilomètres depuis 1900. Sa langue terminale est désormais invisible depuis la gare du Montenvers. Il faut aujourd’hui descendre plus de 300 mètres de dénivelé pour atteindre ce qu’il reste de la glace. Les crevasses ont laissé place à un champ de roches instables, la moraine s’est affaissée, et les anciennes voies d’accès ont été démontées pour raisons de sécurité.
La traversée jusqu’au torrent des Chaussettes est devenue impossible et surtout dangereuse, car le glacier est fracturé, instable, en retrait permanent. Le sentier du “Mauvais Pas”, autrefois accroché aux parois, est fermé. Les échelles sont inutilisables. Les torrents sont devenus des gouffres infranchissables. Le spectacle n’est plus le même : ce que l’on imagine dorénavant, c’est la trace d’un géant disparu.
Un sentier fantôme et une mémoire vivante
Mais cette disparition n’est pas seulement une perte pour les randonneurs. Elle est un signal, un témoignage vivant du changement climatique. Le parcours de 1900 est devenu un sentier fantôme, que l’on peut encore imaginer dans les vieilles photos noir et blanc, et dans les archives de l’Office de Haute Montagne.
Il nous invite à repenser notre manière d’envisager la montagne. Il nous dit :
« Regardez ce que nous avons perdu, mais aussi ce que nous pouvons encore préserver ».
Et plutôt, on peut imaginer cette traversée telle qu’elle était, comme un voyage dans le passé et une source d’inspiration pour l’avenir.
Et si cette randonnée disparue appelait un cheminement intérieur ?
Le glacier n’est plus, mais l’émotion demeure. C’est peut-être ça, aujourd’hui, le plus précieux dans l’itinérance en montagne : accepter que les choses changent, que certains itinéraires se ferment, et que d’autres – plus sobres, plus sensibles, plus engagés – s’ouvrent à nous.
Chez We Rando, nous croyons aux récits qui font marcher, aux histoires qui éveillent, et aux expériences qui transforment. Si cette traversée vous parle, même si elle est impossible, c’est qu’elle vous inspire. Et c’est le point de départ de toute belle aventure.
Vous avez envie de vivre une randonnée engagée, en lien avec les glaciers d’hier et les montagnes de demain ? Contactez-nous, on vous concocte un itinéraire à la hauteur de vos rêves… et des réalités du terrain !